23 septembre 2021
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Concours de la fonction publique : Jean-Christ, 7 mois et sa mère à la recherche du Saint Graal

Quitter Koupéla, Cinkansé, Koupelogo, Garango pour venir concourir à la fonction publique dans le centre unique de Tenkodogo, chef-lieu de la région de l’Est. Dormir sombrement dans les salles de classes, cuisiner en plein air, se coucher à même le plancher et faire face aux moustiques. Tel est le quotidien de plusieurs candidats venus de provinces lointaines, à Tenkodogo, à la recherche du Saint Graal : « Entrer dans la fonction publique quel qu’en soit le prix à payer » est leur leitmotiv. Dans la cour de la paroisse catholique de Tenkodogo, nous avons rencontré Viviane Béré, 26 ans, ses nièces et ses cousines venus de Koupéla à la recherche du passeport pour la fonction publique. Mais aussi, Jean-Christ, âgé de 7 mois, le fils de Viviane. Reportage!

Cathédrale Sainte Marie-Reine de Tenkodogo, mercredi 18 août 2021. Des têtes courbées et des genoux fléchis. C’est le premier constat que laissent voir les chrétiens pieux lorsqu’on jette un coup d’œil vers la grotte mariale et l’oratoire de ce lieu de culte. Un lieu symbolique et sacré pour les paroissiens de Saint François-Xavier de Tenkodogo. De part et d’autre de l’édifice religieux, toujours en réfection pour commémorer les 100 ans de sa construction par des prêtres africains, à l’horizon 2020, ce temple de la foi de Tenkodogo laisse admirer son architecture unique assis sur un projet de pavage en cours dans cette zone, il est « à plus de 65% de musulmans », selon les propos de Monseigneur Prosper Kontiebo, ordinaire des lieux.

Des candidates aux concours de la fonction publique qui vivent à la belle étoile ©L’Infoh24


Ce qui frappe à l’œil, c’est bien ces deux bâtiments scolaires qui montent à l’horizon sud. Des vélos parqués à la devanture desdits bâtiments, des vélos recouverts de pagnes aux couleurs diverses. Cette scène donne l’impression d’une usine de fabrication de pagnes en séchage. Toutefois, lorsqu’on s’ approche, on aperçoit des marmites sur des foyers métalliques remplis de charbon de bois en feu, des assiettes dispersées et ces personnes assises en groupes. A l’intérieur des salles, certaines sont assises sur une natte, alors que d’autres, munies de documents scolaires, semblent bien assidues dans la lecture.
Et là, se dissipe toute idée de maison de fabrication de pagnes pour laisser place à des jeunes, des apprenants attroupés, tous en quête d’emplois de la Fonction publique.

C’est Justine Silga, âgée de 24 ans qui situe le contexte : « Nous sommes là pour les concours. Nous venons de Koupéla. Nous avons déjà composé pour certains programmes, mais c’est difficile. J’ai déjà composé en génie civil, en agriculture ; mais j’ai déposé les dossiers pour 12 concours directs ».

Viviane Béré et son fils espèrent décrocher un concours en cette session ©L’Infoh24


Au milieu de ces candidats qui ont transformé l’école catholique de Tenkodogo, en un lieu de préparation aux concours, un garçon se fait remarquer : Jean-Christ, âgé de 7 mois seulement. Candidat? Non! Mais il est toujours collé à sa mère, Viviane Béré, 26 ans. Venue de Koupéla comme plusieurs autres candidats, la mère de Jean-Christ est à la conquête du concours d’entrée à l’école d’Agriculture pour prendre soin de lui. Né, plusieurs mois plutôt, alors que sa mère était sur les bancs scolaires, Jean-Christ a accompagné sa mère à Tenkodogo pour chercher l’entrée dans la Fonction publique. Mais son problème, confie sa mère Viviane « je dois l’allaiter tout temps, même quand je veux bosser. Et lorsqu’il finit, il sautille seulement ». La jeune maman doit donc concilier allaitement exclusif de son fils, révisions de ses leçons et compositions.

Comme pour confirmer les dires de sa mère, Jean-Christ a lâché le sein de sa mère pour rejoindre les bras des camarades de celle-ci, assises sur le même banc. « Un garçon turbulent et sympa », lâche Justine Silga,une camarade de Viviane. Pour prouver ses talents de grand amuseur, Jean-Christ va finir par se rapprocher de nous, avec un grand sourire. Mais il sera « arraché » de là, par la force, puisque Jean-Christ en pleurs, ne voulait pas s’éloigner de son nouvel ami que nous sommes. Sa mère très impressionnée par les actions de son fils confie : « mon enfant vous aime, il vous prend pour son père ».
En dehors de sa turbulence, Jean-Christ n’hésite pas à salir pagnes et couvertures de sa mère, qui doit les laver tous les soirs et les sécher sur leurs vélos.

Venus de Koupéla, des jeunes ont pédalé des heures durant pour rejoindre Tenkodogo. N’ayant aucune connaissance auprès de laquelle s’abriter, ils ont élu domicile dans la cour de l’Eglise Catholique de Tenkodogo. « Des bâtiments sont là, ils n’ont qu’à loger, c’est gratuit, c’est ce qu’on fait chaque année », confie Monseigneur Prosper Kontiebo, évêque de Tenkodogo.

Les conditions de vie ne sont pas faciles pour ces candidats à la fonction publique ©L’Infoh24


Outre l’école catholique de la cathédrale affectée aux candidats aux différents concours directs de la fonction publique, l’Eglise a également mis le centre Gogaré (un centre d’étude pour élèves et étudiants) à la disposition des candidats. C’est là que Marcelin Bambara venu de Koupéla se trouve pour les concours à la fonction publique et Marie-Madeleine Silga, 25 ans, également de Koupéla. Cette dernière ne se reconnait pas dans les sujets proposés, du fait qu’elle a quitté les classes depuis plusieurs années. Sur les dix concours proposés, elle vise le concours des sages-femmes.
Mélaine Salembéré, venue de Koupéla pour concourir en génie civil, espère ne pas rentrer chez elle bredouille, à cause des difficultés de la vie et des conditions difficiles dans lesquelles, elle doit composer. Yemtema Koaré, 23 ans, venu de Cikansé espère être reçu au concours d’élevage ou d’assistant des eaux et forêts. Pour lui, c’est une question de chance et de malchance, parce que victime de la complexité du concours de test de niveau et de l’épreuve de psychotechnique.


Son co-chambrier, Dominique Damiba, venu de Koupéla, pour concourir pour le niveau de 3eme en technicien supérieur d’agriculture est dubitatif. Pour lui, ce n’est pas un examen pour s’assurer d’être admis. Au bout de des trois jours de présence à Tenkodogo, où Damiba et ses six camarades ont quitté les leurs pour arracher, comme Jean-Christ, le saint graal de l’année 2021, il reste tout de même beaucoup d’espoir.

La tenue des concours a permis aux candidats de rapprocher ©L’Infoh24


Comme les autres concourants, Jean-Christ et sa mère espèrent cueillir le saint graal de 2021, qui sera pour eux, l’entrée triomphale dans la fonction publique. En attendant la proclamation des résultats, Jean-Christ et les siens ont du braver des difficultés et des conditions approximatives en vue de résultats positifs, une preuve de courage et de détermination.

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