24 octobre 2021
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Extrémisme violent : « Certains burkinabè se livrent à de violentes diatribes contre d’autres », constate ATR/DI

Dans cette déclaration dont l’InfoH24.info a obtenu copie, l’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue interreligieux (ATR/DI) constate qu’ « à travers des éléments audio et/ou vidéo et sur des bases souvent erronées, certains Burkinabè se livrent à de violentes diatribes contre d’autres Burkinabè appartenant à d’autres dénominations (d’une même confession religieuse) ou à d’autres communautés religieuses ». Voici l’intégralité de la déclaration.

Croissance exponentielle des discours extrémistes intra et interreligieux sur les médias sociaux et réseaux sociaux, l’ATR/DI interpelle les faîtières religieuses, le gouvernement et la société civile

Il est une évidence que notre pays ne se porte pas bien et c’est peu dire :

depuis l’éclatement de la crise sécuritaire au Burkina en 2015 après des années d’incubation, la place des médias sociaux et des réseaux sociaux est devenue progressivement dans la forme et dans le fond des arènes dans lesquelles des leaders religieux et de simples fidèles jettent l’anathème et l’opprobre soit sur leurs propres coreligionnaires de dénominations différentes, soit sur les membres d’autres communautés religieuses, soit enfin sur ceux qui ont fait le choix de n’embrasser aucune religion.  Le comble est qu’en plus de cette situation, les actes de violence, sans lien avec la religion, entre individus ou groupes d’individus sont désormais plus courants que de par le passé dans toutes les régions du pays à des degrés divers.

Ainsi, notre organisation, l’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue interreligieux (ATR/DI) constate qu’à travers des éléments audio et/ou vidéo et sur des bases souvent erronées (dans la mesure où visiblement ceux qui y parlent ne savent pas de quoi ils parlent), certains Burkinabè se livrent à de violentes diatribes contre d’autres Burkinabè appartenant à d’autres dénominations (d’une même confession religieuse) ou à d’autres communautés religieuses ; n’en parlons de ceux qui, au nom de la liberté de croyance (ou de non croyance) que la constitution leur reconnaît ont choisi de croire en Dieu sans être membres d’aucune confession religieuse ou opté de ne pas croire en l’existence d’un être suprême.

Les risques d’un big bang général provoqués par des intérêts étrangers à la foi

Dans un contexte d’insécurité marqué principalement par les attaques meurtrières (au nom de la défense et de la promotion de leur foi en Dieu) des groupes extrémistes armés composés d’individus armés non-identifiés, selon la terminologie la plus usitée, les jugements négatifs et dégradants portés par des responsables religieux et de simples fidèles sur d’autres dénominations ou confessions religieuses sont non seulement impertinents, subjectifs et erronés mais constituent aussi et surtout une poudrière qui ne cesse de grossir et susceptible de provoquer un big bang général n’épargnant personne pour peu que la moindre étincelle jaillisse de quelque part.

La non-pertinence des différents discours aux contenus erronés voire mensongers tient au fait que leurs auteurs appartiennent à d’autres communautés religieuses et ignorent ou (dans le meilleur des cas) connaissent mal les religions dont ils critiquent les éléments doctrinaux : juger et pire dénigrer les autres à des fins de mobilisation d’un public déjà acquis à la cause de celui qui prêche ou dans l’intention de « conquérir d’autres âmes » relèvent d’une attitude inconvenante. Cela est doublé de subjectivisme du fait du caractère partial de ces appréciations : dévaloriser la religion d’autrui en faisant recours aux valeurs de sa propre confession religieuse est loin d’être objectif car c’est une opération qui consiste à porter un regard sur son prochain à travers ses propres œillères ; alors qu’il aurait fallu, ne serait-ce que dans un cadre informel, s’informer ou s’instruire sur les principes des autres religions tout montrant, par le truchement d’une rectitude morale et d’une ouverture d’esprit, que sa religion est digne d’être épousée par son prochain.

Dans le fond, bien de ces pêcheurs/prêcheurs en eau trouble sont mus par les intérêts matériels et financiers que peut leur rapporter le fait de transformer les différences religieuses en différends intra ou interconfessionnels et d’exploiter par-là les instincts moutonniers et bestiaux qui sommeillent chez les fidèles comme chez tous les êtres humains d’ailleurs.

Dans une société pluriconfessionnelle et laïque, la promotion des préceptes religieux qui unissent ses membres doit être la priorité

De même qu’entre personnes de religions différentes, il ne devrait pas y voir de débats ni de disputes pour savoir laquelle de ces religions est la « vraie » voie, de même il est insensé de prendre le parti de renier la foi des adeptes d’autres confessions religieuses dont on ne connaît même pas les doctrines.  En situation d’Etat de droit démocratique et libéral et par-dessus tout laïc, le dialogue intra et interreligieux formel ou informel est un impératif. Pour ce faire, les membres des différentes communautés religieuses doivent entreprendre des démarches réciproques pour identifier le plus petit dénominateur commun entre elles et l’utiliser pour faire la promotion du vouloir-vivre ensemble et du bien-vivre-ensemble. Les conditions de réussite de ce dialogue sont, entre autres, le respect de la liberté et des traditions séculaires positives de toutes les parties prenantes et l’esprit d’ouverture et d’écoute active auxquels chacun sera soumis. C’est le préalable pour apprendre à se connaître, à comprendre les différences et à célébrer les valeurs communes qui lient les uns aux autres.

Cependant, il faut reconnaître que ce travail titanesque n’incombe pas seulement aux responsables religieux (Conférence épiscopale Burkina-Niger, Fédération des associations islamiques du Burkina, Fédération des églises et missions évangéliques) mais également aux pouvoirs publics (Conseil supérieur de la communication, gouvernement, Observatoire national des faits religieux) et aux organisations de la société civile qui ne peuvent œuvrer pour le bien-être de la population ou défendre les nobles causes sociales que si les fractures dont souffrent les Burkinabè, à commencer par celles relatives à la religion, sont sinon totalement comblées du moins considérablement réduites.

Pour plagier, un célèbre leader religieux parlant des nazis, disons ceci :

Quand ils sont venus chercher les athées, nous n’en avions cure car nous étions des croyants ;

Lorsqu’ils ont enlevé les agnostiques, nous ne nous sentions pas concernés car nous savions que Dieu existe ;

Alors qu’ils massacraient les adeptes des autres religions, nous nous disions que nous n’avions rien à craindre puisque nous appartenions à leur religion ;

Le jour où ils ont dit que c’était notre tour parce que notre foi est une imposture, il n’y avait plus personne pour s’opposer.

Triste !

Pour le bureau national,

Le Président

Issaka SOURWEMA

 Dawelg Naaba Boalga

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