5 mars 2021

Genre au Burkina Faso : Lettre ouverte de Naba Boalga à la classe politique

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Ceci est une lettre ouverte de Naba Boalga, chef traditionnel du village de Dawelgué à Saponé dans la région du Centre-sud. Il s’adresse à la classe politique autour de la question du genre.

La constitution du Burkina Faso dispose, en substance en son article 13, que les partis et formations politiques se créent librement, concourent à l’animation de la vie politique, à l’information et à l’éducation du peuple ainsi qu’à l’expression du suffrage et mènent librement leurs activités dans le respect des lois. Elle ajoute que tous les partis ou formations politiques sont égaux en droits et en devoirs.

Cependant, elle souligne que les partis ou formations politiques tribalistes, régionalistes, confessionnels ou racistes ne sont pas autorisés. Les partis politiques, dans l’esprit de la lettre de cet article, accomplissent des missions de service public, défendent l’intérêt général, font la promotion des valeurs de justice, de démocratie et de liberté au sein de la société.

En confrontant ces principes avec le nombre de femmes qui siègera à l’Hémicycle pendant la prochaine législature, je suis quelque peu interloqué. Subséquemment, des propositions qui sont susceptibles de constituer une base pour la recherche des solutions aux problèmes posés s’imposent ; quand bien même elles peuvent se révéler inopérantes ou impertinentes.

En attendant, les faits établissent qu’il y aura dix (10) femmes sur cent vingt-sept (127) députés (issus tous de partis politiques) dans la future Assemblée nationale.  Ces HEUREUSES élues proviennent du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), parti politique majoritaire auquel les Burkinabè ont renouvelé leur confiance et du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) sorti deuxième force politique à l’issue des élections législatives du 22 novembre 2020.

Ces deux partis politiques qui se réclament de l’idéologie social-démocrate, ont brillé, si on s’en tient aux listes de candidats et aux résultats sortis des urnes, par la contradiction qu’il y a entre leur orientation idéologique de gauche et leurs actes : 56 élus dont 9 femmes pour le MPP et 20 dont 1 femme pour le CDP. On n’ose même pas évoquer le cas des autres partis politiques.

Les faits parlant d’eux-mêmes, point n’est besoin d’ajouter des qualificatifs ; et pourtant, les femmes constituent les bassins électoraux denses qui ont permis à ces partis politiques de réaliser les scores que l’on sait.

On aurait pu penser que l’existence d’un fort mouvement de défense et de promotion de cette cause, constitué de femmes, d’organisations internationales, d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’organisations de la société civile (OSC) rend inutile la présente initiative. En vérité, dans la défense d’une telle cause, aucune voix n’est de trop. De plus, aux voix des femmes, des organisations internationales, des ONG et des OSC doivent s’ajouter celles des hommes et surtout celles des hommes pour lesquels la prise en compte du genre dans la gouvernance du pays participe de la construction d’une société de justice, d’équité et de démocratie.

Enfin, nul n’est bien placé pour être son propre avocat et c’est pourquoi les avocats louent les services d’autres confrères lorsqu’ils ont affaire à la Justice. Dans cette logique, les meilleurs avocats des femmes ne sont peut-être pas uniquement les femmes.

En matière de dispositif législatif et règlementaire de la lutte contre les inégalités et les disparités de genre, le Burkina Faso baigne dans l’opulence: politique nationale genre, plans d’actions opérationnels de la politique genre, loi sur le quota genre, déclarations et discours sur la prise en compte du genre dans les secteurs public et privé et au sein des organisations de la société civile et tutti quanti. Mais en fait l’indigence est manifeste ; et pour cause, ces d’efforts fournis, ce temps consommé, ces ressources financières et matérielles dépensées/utilisées, ces épreuves psychologiques endurées…ont accouché des souris lors des différentes élections législatives qui se sont déroulées au Burkina Faso depuis 1992. Autrement dit, tout ça, seulement pour ça : 04 femmes élues députées sur 107 en 1992-1997 soit 4,28% ; 09 sur 111 en 1997-2002 ; 13 sur 111 en 2002-2007 ; 17 sur 111 en 2007-2012 ; 24 sur 127 en 2012-2014 ; 12 sur 127 en 2015-2020 et moins de 10 sur 127 en attendant le remplacement des élu.e.s qui seront (la lettre datant du 29/12/2020 c’est-à-dire avant la formation du gouvernement) nommé.e.s ministres 2020-2025 (Source Assemblée nationale).

Ces chiffres montrent que la cinquième législature (2012-2014), une des sources de cristallisation et d’approfondissement de la fracture sociopolitique dont la durée n’a été que deux (02) ans du fait de l’insurrection populaire, aura été celle qui a enregistré le plus grand nombre de femmes à l’Hémicycle ; tandis que le Conseil national de transition (2014-2015) comptait seulement 12 femmes sur 90 soit 10,80% de l’ensemble des membres du CNT. On aurait pu s’attendre à ce que les relents révolutionnaires qui ont entouré l’insurrection populaire (même ce n’était pas une révolution) se traduisent par une représentativité tout aussi révolutionnaire (en termes de quantité et de qualité) des femmes. Malheureusement, elles ont seulement eu droit à un peu plus d’un tiers de ce qu’impose la loi portant sur le quota genre sans que cela n’émeuve outre mesure des citoyens qui ont fait leurs preuves dans le mouvement étudiant (tous courants confondus) et pendant la Révolution démocratique et populaire (RDP).

Des esprits aux motivations naïves ou peu sincères pourraient tentés de m’opposer et de vous opposer des arguments d’un autre âge (pour ne pas dire plus) du genre « l’assiette féminine en matière de cadres n’est pas suffisamment large », « les tâches ménagères et l’éducation des enfants ne laissent pas suffisamment de temps aux femmes pour participer pleinement à la vie politique du pays », « la plupart des femmes ne veulent pas faire de la politique », « une femme ne nous gouvernera pas » … Si, à bien des égards, certains aspects de ces arguments sont fondés, il faut cependant se rendre à l’évidence : nos sociétés telles qu’elles fonctionnent ont, à travers la division sociale (et surtout par sexe) du travail, la gouvernance (politique et économique), les systèmes de croyance religieuse et les échelles des valeurs morales ont été conçues, mises en œuvre et régentées par les hommes, pour (principalement) les hommes et (accessoirement) pour les femmes. Certes, dans l’histoire de nos peuples, de grandes figures féminines ont joué des rôles déterminants dans la naissance, le développement et la stabilité des collectivités politiques sur le territoire burkinabè mais il faut reconnaître que d’une part ce sont des exceptions et que d’autre part elles ne sont pas socialement représentatives des femmes des communautés concernées. Ainsi donc, il semble n’y avoir d’autre place pour les femmes dans l’Etat de droit démocratique que celle où elles jouent le rôle de conseillères de l’ombre comme jadis dans nos sociétés traditionnelles précoloniales. En échange de cela, les hommes continueraient à reconnaître qu’elles sont des forces de production et de reproduction, les fondations morales de la société de par l’importante éducation de base qu’elles dispensent aux bébés, aux nourrissons, aux enfants et aux adolescents …et même à bien d’adultes. Que vaut bien cette reconnaissance si, à l’épreuve des faits, elle est assimilable à de la diversion ou une entourloupe dont les femmes sont les victimes ?

Ce ne sont pas les inquiétudes et les avertissements qui ont manqué. A ce propos, Mme Martine Yabré, coordonnatrice / pays de l’Union africaine des organisations non gouvernementales de développement, porte-parole du Comité quota et du cadre de concertation des organisations intervenant sur le genre et la participation politique des femmes avait déjà tiré l’alarme au sujet de l’article 10 de la loi portant sur le quota genre (adoptée par l’Assemblée nationale le 22 janvier 2020) qui dispose que « Tout parti politique, regroupement de partis politiques ou regroupement d’indépendants qui respecte les dispositions de la présente loi bénéficie d’un surplus de financement public, au titre de la campagne électorale ».  Mme M. Yabré avait soutenu avec force que cette disposition sur le surplus de financement (représentant 20%) du montant total alloué par l’Etat au titre du financement de la campagne électorale, « est incomplète dans la mesure où elle ne garantit pas l’application effective des articles 3, 4, 5, 6 et 7 ». Elle avait ajouté que cela « implique que tout parti politique, tout regroupement de partis politiques ou tout regroupement d’indépendants pourrait faire le choix de ne pas respecter la loi et jouira malgré tout du financement public pour la campagne électorale en toute impunité ».

Les élections législatives sont passées. Les prochaines auront lieu en 2025. Les femmes ne peuvent pas attendre, les femmes ne doivent pas attendre. Dès maintenant et au regard des missions constitutionnelles qui sont les vôtres, il est impératif que vous œuvriez à corriger cette injustice faite aux femmes en défendant la révision de la loi portant sur le quota genre pour la rendre plus contraignante ; cela contribuera sans doute à rééquilibrer un tant soit peu les choses lors des prochaines élections municipales. Cela ne signifie pas que les partis politiques, même sans la révision de ladite loi, ne doivent rien faire à ce propos. Ils doivent en tenir compte dans le renouvellement de leurs organes dirigeants et pendant l’élaboration de leurs listes de candidatures dans la perspective des élections municipales.

En effet, ils font partie de ceux qui doivent donner le ton et un bon dans le souci de renforcer la cohésion sociale, cet impératif de l’heure qui a fait l’objet d’un atelier national tenu à Ziniaré (Oubritenga/Plateau central) du 24 au 26 septembre 2019 et auquel des représentants de l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP) et du Chef de file de l’opposition (CFOP) ont pris part. Il s’est agi pour les participants d’élaborer une définition propre au Burkina Faso de cette expression conceptuelle. Le rapport qui en est issu et que le Conseil des ministres a adopté définit la cohésion sociale « comme le vivre-ensemble harmonieux et paisible des communautés qui permet un accès équitable aux ressources, cultive les valeurs collectives partagées (intégrité, solidarité et culture de la tolérance, …) dans le respect des droits humains, des lois et institutions de la République, tout en réduisant les inégalités sociales. »

En entendant la cohésion sociale sous cet angle, il est légitime de se demander si les élections législatives qui viennent d’être organisées dans notre pays se sont, à travers le nombre de femmes élues comparé aux hommes, inscrites dans « le respect…des lois [sur le quota genre par exemple] … tout en réduisant les inégalités [e.g. de genre] … » dans cette perspective. Pour ma part, je pense qu’on est encore très loin du compte.

Je vous prie d’agréer, Messieurs/Mesdames, l’expression de ma fraternelle considération.

Contacts : Courriel : issounaba@gmail.com

Cell : 70 36 90 70/79 66 54 64 (WhatsApp)

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