18 janvier 2022
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Mali : Ce n’est ni à la France ni à la CEDEAO de décider des politiques dans nos pays souverains (Me Hermann Yaméogo)

Face aux sanctions lourdes prises lors du sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire ouest africaine (CEDEAO) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) contre le Mali. L’infoH24.info est allé à la rencontre de Me Hermann Yaméogo pour recueillir sa lecture sur la situation malienne? Lisez !   

La CEDEAO et l’UEMOA, ont pris des décisions si dures contre le peuple malien qu’une colère noire des peuples de la région et au-delà, s’est spontanément déclenchée contre ces deux organisations. Au Burkina Faso en particulier cette fureur prévisible, n’est pas sans inquiéter jusque dans les rangs du pouvoir. 

Et pour cause.

Outre la dureté de ces sanctions qui confinent à des actes d’inhumanités, il y a nombre d’autres considérations révoltantes, qui cachent mal deux peurs bleues :

Celle de laisser le mauvais exemple malien comme dans un jeu de dominos contaminer les autres pays, et celle d’encourager l’effacement de la France dans ce qu’elle considère (les faits en témoignent), plus qu’une zone d’influence, comme un domaine d’excroissance de sa souveraineté nationale.

La puérile invocation de la volonté d’éradication des coups d’Etat par de telles décisions, est d’autant plus malvenue qu’elles frappent plus tout un peuple, au surplus confronté aux dures retombées de la guerre et de la covid, que les auteurs mêmes du coup d’Etat.

L’acharnement de chacune de ces organisations à imposer sa volonté, est par ailleurs condamnable en cela que ces volontés ne peuvent s’imposer, à la volonté souveraine du peuple Malien, qui s’exprime en la circonstance par l’acceptation de la transition, et par l’exceptionnelle adhésion à son programme de réformes.

Beaucoup de chefs d’Etat signataires de ces décisions sont parvenus au pouvoir ou s’y maintiennent par des coups d’Etat militaires ou constitutionnels, comme ce fut le cas des deux inspirateurs de la CEDEAO qu’ont été Yakubu Gowon du Nigéria et Eyadema du Togo.

Au vrai, c’est la France de Macro, qui après avoir épuisé nombre d’initiatives internationales pour imposer sa politique militaire et électorale au Mali en vient, devant tant d’insuccès à rééditer ces funestes décisions, autrefois appliquées à la Cote d’Ivoire de Laurent Gbagbo et ce, en manipulant la CEDEAO et l’UEMOA via des chefs d’État à ses bottes pour faire rendre gorge au Mali, par strangulation économique et financière.

Les peuples de la région doivent contester ces décisions et marquer naturellement, une inébranlable solidarité active avec le peuple malien car la transition en place dans ce pays défend une cause noble au bénéfice de tout le continent.  Abandonner le Mali à son sort et donc laisser mourir ses nobles et courageuses ambitions, au moment où est engagée une véritable guerre mondiale, qui ne dit pas son nom par des grandes puissances, pour s’aménager des zones de contrôles et de dominations, comme d’approvisionnements en matières premières vitales dans le monde et surtout en Afrique, c’est en définitive aider à la recolonisation du continent.

Il faut agir sur le chaud, à travers une stratégie globale qui intègre des tactiques de luttes à l’encontre: des chefs d’État africains qui œuvrent ( contre leur maintient au pouvoir et autres avantages prédateurs ), en collusion avec le président Macron pour la défense des intérêts de son pays; des organisations que sont la CEDEAO et l’UEMOA nouveaux instruments de déstabilisations et d’entreprises hégémoniques dans la région, comme l’étaient du temps de l’esclavage certains rois négriers et du temps de la guerre froide ces présidents africains vassaux de l’ancienne puissance colonisatrice; du président Français soutenu par l’Europe, laquelle voyant son déclin pointer, n’est pas loin d’adhérer à un nouveau partage de Berlin emmené par le boute- en- train Macron.

Qu’est-ce que tout ça augure pour demain ?

C’est là toute la question.

Ne courre-t-on pas le risque de voir la pression militaire malienne qui se fait de plus en plus forte, (grâce au soutien Russe), des terroristes affluer en plus grand nombre au Burkina Faso au mépris de la fermeture des frontières?

Les demandes de démissions de certains présidents, ne vont-elles pas gagner en force avec cette nouvelle accusation de trahison, ressentie au-delà du peuple malien par les peuples de la région, et qui délégitime davantage ces présidents ?

En tout cas les jours qui viennent nous situeront sur ces interrogations, comme ils nous situeront sur l’imbrication désormais forte et indiscutable des luttes contre l’hégémonie politique, diplomatique et militaire de la France, et contre la perpétuation au pouvoir de présidents africains aux bottes de présidents français, dans cet espace ouest-Africain.

Ce qui encore une foi est constant, c’est l’extraordinaire solidarité qui se manifeste vis à vis  du Mali et qui semble pour une fois dépasser les querelles traditionnelles de chapelles.

C’est on serait tenté de le penser, cet état de chose susceptible de favoriser la manifestation du 22 du mouvement sauvons le Burkina Faso, qui se complique avec le retour au pays (en raison des répliques maliennes aux mesures agressives décidées), des militaires burkinabé de la MINUSMA, que la connexion internet une fois encore a été coupé.

Le pouvoir burkinabé a raison d’être sur ses gardes car il sait qu’il a encore fauté. Le président du Faso ne s’est pas seulement rendu à Accra pour signer ces documents infâmes, il y est allé en tant que président en exercice de l’UEMOA et en tenant des propos sur la transition Malienne qui traduisent sa propre crainte d’en vivre une.

Il n’avait pas en effet besoin contre l’histoire et les demandes ambiantes en nationale, d’affirmer qu’il revient à un pouvoir démocratiquement élu et non à une transition d’engager des réformes aussi profondes que celles actuellement en cours au Mali.

Le cas Malien il faut se le dire  joue, comme jamais on l’a vu par le passé, à la manière  d’un éclaireur de conscience à travers toute l’Afrique de l’ouest et cela donne des ailes à la contestation et au besoin de refondation.

C’est pour cela que les autorités maliennes doivent s’inspirant de l’exemple de leurs précurseurs qui ont fondé le Mali Ba rester cohérentes, courageux et unis. Ils ont donné le la d’un mouvement de renaissance du continent premier.

Pour avoir toujours refusé les enkystements d’armées étrangères dans mon pays, et pour avoir sans cesse demandé des reformes structurelles ouvrant la voie à la refondation de la gouvernance, j’encourage personnellement les maliens à rester droit dans leurs bottes. Plus que ça j’exhorte le peuple burkinabé et ceux de la région à engager des actions pour soutenir le Mali et rendre irréversible l’exemplarité de son sursaut patriotique.

Ce n’est ni à la France ni à la CEDEAO de décider des politiques militaires ou électorales dans nos pays souverains. Ce n’est pas à elles non plus d’exiger du Mali le départ d’un Choguel Maiga de la tête du gouvernement comme je l’ai appris, pour lever le pied sur des sanctions ou les tempérer.

Je félicite le président Goita et son gouvernement d’avoir refusé toute compromission qui blesse l’honneur du Mali et des africains.

Je regrette que des pays lusophones, qui ont arraché l’indépendance de haute lutte comme la Guinée Bissau et anglophones comme le Ghana, qui lui a vu naitre un grand lesder panafricaniste comme Kwame Nkrumah, aient (même après avoir vainement déconseillé l’acte), signé les honteuses décisions.

J’exprime ma fierté à l’endroit de l’Algérie dont la coopération avec le Mali apparaît plus forte qu’hier.

J’en fais de même à la Guinée qui fidèle à ses valeurs et à son odyssée historique et tirant en plus les conséquences de l’inconséquence des politiques de la CEDEAO (elle qui ne peut être tenue par des décisions qu’elle n’a pas signé puisque temporairement exclue des réunions depuis l’avènement de sa transition) a déclaré non sans ironie ses frontières bel et bien ouvertes à tous.

Autant de pays qui mettent en évidence la bêtise d’Accra. 

Si certaines puissances pensent toujours, en dépit des nouvelles générations compétentes et aux consciences en éveil, que l’Afrique est insuffisamment rentrée dans l’histoire, elles se rendront tardivement compte à leur détriment que ce sont elles en tout cas, qui sont en train de sortir obscurément de l’histoire.

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