3 mars 2021

Violence communautaire au Mali : Le dialogue pour désamorcer la crise

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Dans un rapport intitulé « Enrayer la communautarisation de la violence au centre du Mali » daté du 09 novembre 2020, l’organisation internationale Crisis Group, spécialisée dans la prévention et la résolution des conflits, analyse les dynamiques de la violence au Mali et formule une palette d’actions concrètes pour enrayer cette spirale. Selon l’organisation, le dialogue demeure la clé pour stabiliser durablement la région.

Depuis 2016, un conflit d’une rare intensité secoue le centre du Mali, en particulier le sud et le sud-est de la région de Mopti, considérée aujourd’hui comme l’épicentre de la violence dans ce pays. A la différence de ce que l’on observe ailleurs dans le pays et en particulier au nord, ces violences ciblent des civils notamment peuls et dogons et se caractérisent par des tueries de masse, des incendies de maisons et des vols ou massacres de bétail.

Dogons et Peuls sont les deux groupes ethniques majoritaires de la zone exondée représentant respectivement environ 6 et 9 pour cent de la population du Mali. Le premier pratique en majorité l’agriculture et le second, l’élevage.

Selon Crisis Group, ce sont les tensions politiques et économiques, notamment celles liées à l’accès aux ressources naturelles, qui les opposent depuis des décennies, voire des siècles. Mais celles-ci n’ont jamais atteint le niveau de violence observé ces dernières années. 

Il convient de distinguer plusieurs zones à l’intérieur de la région de Mopti. Dans la partie inondée du delta intérieur du fleuve Niger, le cœur du Macina historique, les groupes djihadistes sont solidement implantés. Le contrôle territorial qu’ils exercent dans cette zone étant peu contesté, les niveaux de violence contre les civils y ont jusqu’ici été limités. En revanche, la zone exondée, en particulier les quatre cercles situés au sud et à l’est de la ville de Mopti est beaucoup plus disputée par des groupes armés djihadistes et d’autodéfense.

Lire aussi : Lutte contre le terrorisme au sahel : La force Barkhane neutralise des GAT

Selon l’organisation non gouvernementale, l’engrenage de la violence est récent, mais le conflit s’ancre dans des rivalités anciennes entre communautés. Celles-ci se sont exacerbées au cours des dernières décennies sous l’effet d’une crise du pastoralisme ayant appauvri les Peuls nomades, de la pression sur les ressources naturelles, notamment foncières, et de l’incapacité des pouvoirs publics et autorités traditionnelles à apporter des réponses crédibles à ces enjeux.

Les actions insuffisantes du gouvernement malien

D’après le rapport de Crisis Group, le gouvernement malien a sa part de responsabilité. En effet, l’organisation soutient que les actions de l’Etat malien sont restées insuffisantes car elles se sont concentrées sur la lutte antiterroriste sans suffisamment soutenir la réconciliation intercommunautaire ni reconstruire la légitimité de l’Etat.

Le rapport mentionne que face à la flambée de la violence, le gouvernent malien et ses partenaires internationaux ont lancé de multiples initiatives d’abord centrées sur la lutte contre le terrorisme. Pour Crisis group, les initiatives de dialogue initiées par l’Etat malien sont intermittentes et se chevauchent sans parvenir à obtenir des cessez-le-feu durables.

Pour rendre les mesures de dialogue et de sécurisation plus efficaces, Crisis group propose un certain nombre d’actions à court et à long termes. 

Mettre en place des comités de paix locaux

A court terme, Crisis Group suggère aux nouvelles autorités maliennes d’arrêter la spirale des violences, d’abord en accentuant et en harmonisant les efforts de dialogue en vue de négocier des cessez-le-feu, notamment à travers la mise en place de comités locaux de paix coiffés par un comité régional.

Selon elle, l’Etat malien et ses partenaires, notamment la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), devraient amplifier leurs efforts de sécurisation tout en facilitant ces initiatives de dialogue et en veillant au respect de trêves qui en découleraient.

Si l’Etat Malien ne veut pas perdre complètement pied dans la région, il ne doit pas tant miser sur la force que démontrer son utilité, Rapport Crisis Group © DR

Ensuite, pour pérenniser les interventions de stabilisation à court terme, Crisis Group recommande aux autorités maliennes et leurs partenaires internationaux d’envisager une réponse structurée visant à restaurer la présence et la crédibilité de l’Etat notamment en facilitant le retour d’un Etat régulateur.

Créer les conditions d’une réconciliation durable en s’attaquant à certaines causes structurelles profondes du conflit

Pour démobiliser les milices armées, l’ONG propose à l’Etat malien d’accentuer la pression sur les milices en engageant des poursuites judiciaires contre les miliciens qui ont du sang sur les mains et offrir des sorties honorables aux dirigeants qui n’ont pas commis d’atrocités contre les civils, en encourageant par exemple leur reconversion dans le jeu politique.

A long terme, lorsque les violences prendront fin, l’Etat devrait tenter de créer les conditions d’une réconciliation durable en s’attaquant à certaines causes structurelles profondes du conflit dans cette partie du centre du Mali, en particulier la gestion de l’accès aux ressources naturelles.

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